Thursday, July 8, 2010

Monet à Kathmandu - Monet in Kathmandu

Claude Monet a fait une erreur: certainement Rouen était plus pratique, sa cathédrale esthétiquement intéressante, mais s'il avait cherché un peu plus, il aurait du venir à Kathmandu. Il aurait pu faire une série sur le stupa sans aucun doute. La lumière joue sans cesse avec les différents matériaux et couleurs de la surface (or, argent, chaux, ocre, briques, etc.), les rayons du soleil varient en intensité (et presque en couleur – c'est Giono qui décrivait bien cette lumière du soleil qui passe du jaune au blanc durant l'été provençal), le temps change rapidement en ce moment (la mousson est proche). Le visage du Bouddha (stylisé sur la partie centrale avec ses yeux et son nez) semble ainsi à la fois le même et changer d'humeur durant la journée, peut-être selon les pensées, les paroles et les actes de chacun: son regard renvoie les pèlerins à eux-mêmes. Peut-être.

Mais sans doute la peinture serait-elle encore insuffisante, car ce qui fait aussi le charme du stupa, c'est le murmure continuel des pèlerins rythmé par les sons des cloches, des chiens qui jouent, des clients qui marchandent, des livreurs qui crient qu'ils font un bon prix au marchand, des voitures qui klaxonnent pour que les piétons s'écartent, de la musique qui passe en boucle dans les magasins de CD. Et puis il faudrait encore les odeurs des différents encens et des épices qui rissolent, puis à la nuit tombée la chaleur des lampes à beurre perceptible même à quelques mètres de distance. C'est là ou l'on voit que le lieu religieux est un lieu de vie, fourmillant de multiples intérêts. Ca n'a rien à voir avec nos églises. Nous sommes ici dans un monde pré-moderne ou la religion n'était pas un champs restreint de l'intimité des individus. Elle se diffuse bien trop loin et de facon trop complexe pour pouvoir l'isoler.

Mais qu'est-ce donc qu'un stupa?, certains d'entre vous doivent se demander. C'est une structure qui servit d'abord à abriter les reliques du Buddha, si l'on peut savoir quoi que ce soit sur son origine, et qui en vint à symboliser son esprit. Les Bouddhistes tournent autour dans le sens des aiguilles d'une montre, en signe de respect. Ils disent qu'ils accumulent des "merites", c'est-à-dire un bon karma.

Ce stupa m'obsède. J'y reviens sans cesse. Mais c'est normal puisque finalement tout tourne autour de lui ici, les pelerins, les affaires, les touristes, les bâtiments, même les oiseaux, qui savent que les Bouddhistes leur lanceront des grains (il y a des marchands qui ne viennent que pour vendre leur grain aux gens qui donnent a manger aux pigeons – et bizarrement les pigeons savent que c'est le matin seulement car ils disparaissent du stupa le reste de la journée). J'en prends continuellement des photos, qui sans doute vous sembleront toutes les mêmes. A vous de voir.


Claude Monet should have thought better. The cathedral of Rouen was and is nice, for sure, but.... the stupa of Bodhanath, it's something else. He could have made a series here too. Every hour, light is reflected differently, because clouds come, because the sun moves fast here and “licks” buildings in many different fashions, because the materials constituting the stupa (chalk, bricks, wood, gold, silver, etc.), and the colors on it offer infinite variations. It is as if the face of the Buddha, schematized by the two eyes and the nose, looking in the 4 directions, were changing its mood through the day. Maybe it does change its mood according to what each pilgrim thinks, says and does. His mood would then just reflect back our own intimate disposition. Maybe.

But even a series of paintings may be too poor to give the right impression. What makes the stupa so rich is also the continuous chanting of the pilgrims, the laughter and more or less fake arguments of customers haggling for goods, the barking and playing of dogs, the honking of cars that try to pass pedestrians, the music hurling from stores selling CDs, the sound of bells hit by each pligrim entering the small Tamang temple. And then you would need the smells of various incenses, of spices being cooked, and more, at night the warmth that you can feel from the butter lamps, even from a distance, because there are so many of them. Here one is aware what a religious place means in a non-modern, non-Western sense: it is a living places with different sorts of people with different interests and different destinations. It pervades too far to be isolated. It has nothing to do with our churches.

I don't know if it is the biggest stupa in the world, but it is at least among the biggest. "But what is a stupa?" some of you must think! It's a building which first served to deposit the relics of the Buddha (some scholars would probably disagree) and then turned out to be a symbol of his mind - it is a sacred building around which people turn only clockwise, unless they are bonpos, but I am not getting into the details....

The stupa has a mesmerizing presence here. It obsesses me. I come in the morning to see it, and often at dawn. It has some kind of cooling, almost comforting presence. That's natural as this massive structure seems so well grounded on earth, like the Buddha is so well grounded on reality. At least that's one symbol. Everything revolves around it/him (it is the symbol of the mind of the Buddha, so I guess it is fine to use a personal pronoun): people turns around it continuously to accumulate “merits” or good karma as the Americans would say, business is done around and he attracts thousands of tourists, he is always visible through the buildings. I myself find it different every time, and I take photos of it again and again, as if each sight of it reveals a different aspect. You can be the judges of that.